On est rentré au Maroc !

Nous débarquons donc à 15h45. À peine sorti de l’enceinte du port, le choc. L’architecture a changé, la langue, les faciès, l’écriture,… des policiers et militaires déployés en grand nombre de part et d’autre de la route. Nous suivons donc sans traîner les panneaux indiquant la frontière. On patientera ensuite 30 minutes sur un immense parking où sont stationnés des files entières de voitures. Objectif, récupérer un petit bout de papier avec un numéro écrit à la main pour accéder dans l’enceinte du poste frontière.

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A notre gauche, sont parqués une cinquantaine de types en scooters. Bricolés, rafistolés, mais tout de même bien défoncés, ces scooters ont l’air de transporter des denrées entre les deux frontières. L’un transporte à l’arrière un énorme carton de boîtes de riz, l’autre du café, encore un autre des canettes de soda. On attend notre papier. Quand vient enfin notre tour de passer. On se rapproche donc du poste frontalier et l’on commence à apercevoir ces immenses clôtures métalliques qui forment une barrière infranchissable pour qui voudrait éviter de passer par le poste douanier. Cette frontière est le dernier morceau de terre européenne sur le continent africain. Passer du Maroc à Ceuta, c’est comme avoir déjà un pied en Europe. Sauf qu’il y’a encore la Méditerranée à traverser, mais on est plus très loin du but pour tous ceux qui cherchent l’eldorado en terre européenne. Des centaines de femmes et quelques enfants sont là, assis, ou allongés à même le sol, et donnant parfois l’impression d’être là depuis longtemps, ici en « attente ». La police et l’armée ne plaisantent pas. L’atmosphère est tendue. Comme si les uns étaient prêts à tenter un passage en force à la première absence de vigilance des autres.
Nous pénétrons donc dans cet espèce de couloir où s’enchaînent le post de frontière de sortie de l’Espagne, puis celui de l’entrée au Maroc. Pour la sortie, cela se fait rapidement et sans difficultés. 100 mètres séparent les deux postes. Entre les deux, circule une foule de badauds qui vous font des grands signes, frappent à votre carreau de voiture, vous proposent de l’aide pour passer la frontière, etc… c’est d’autant plus incompréhensible de voir tous ces gens ici, qu’on ne peut pas pénétrer dans cette enceinte très facilement.
Nous sommes suivi par deux autres véhicules dont les conducteurs sont français, et habitués de ce passage frontalier. Très sympas, ils partagent à Antoine quelques recommandations et conseils pour les formalités à effectuer. D’abord les passeports, puis l’importation du véhicule. Un gars sans uniforme, avec un vulgaire badge se présente à nous, nous informant qu’il assiste les douaniers et qu’il va faire l’intermédiaire. Antoine envoie jouer le gars. Mais si, c’est bien ainsi, il faut traiter avec ce gars pour avancer… les badauds tournent autour des voitures, regardent parfois par les fenêtres, ce qui angoisse pas mal les enfants.
Le pire à craindre dans ce lieu, est la fouille du véhicule. Si par malheur le douanier fait un peu de zèle, les badauds tels des vautours prêts à bondir pour vous piller aider, vous chiperont ce qu’ils pourront. C’est donc dans cette ambiance très tendue que nous arrivons à la dernière guitoune où le douanier Marocain nous lancera d’un grand sourire « Bienvenue au Maroc, et bon séjour ».
Pffffff… que d’émotions. Après le post frontière, nous filons sans traîner vers un point de bivouac repéré sur la carte. Après quelques kilomètres d’autoroute, puis de pistes, nous croisons des enfants et travailleurs sur le bord des chemins. A chaque fois, nous échangeons avec eux de grands sourires, des gestes de sympathie ou de salutations. Attitudes en contraste avec celles de la frontière, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Premier bivouac marocain, au bord du lac du barrage Smir, et premier feu de camp. Formellement interdit en Espagne et au Portugal en raison des risques d’incendie, nous n’avions pas pu en faire jusqu’à maintenant. C’est donc avec une joie non dissimulée que nous fêtons l’arrivée au Maroc.

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