Ame sensible s’abstenir de cette lecture… 

 

«  2h30 du matin… c’est le drame… 10 hommes en djellaba, armés de kalachnikof, nous encerclent et nous réveillent en criant et en tapant sur la toile de tente. Nous ne savons pas qui ils sont… ils ne font que crier de sortir, sortir et de mettre les mains en l’air… impossible de discuter avec eux depuis notre tente. Antoine s’habille et me sort notre balise de détresse au cas où cela s’empire. Je regarde depuis le haut de notre tente par la fenêtre, je le vois sortir les mains en l’air. Les hommes armés, en entendant le zip de la toile de tente, reculent sur le coté de la tente de manière à ne pas être vu par Antoine tout de suite. J’ai eu tellement peur qu’ils lui donnent un coup de crosse dans le dos… les mecs hurlent, finissent par réveiller les enfants…  Un des mec tire deux coups de kalach’ en l’air. Antoine est obligé de s’allonger sur le sol. Je déclenche notre alarme de détresse et laisse un message en disant que nous sommes en train de nous faire enlever…

Il faut que je sorte, les gars sont chaud bouillants dehors…. je dis aux enfants que je vais revenir… me voilà allongée par terre comme une vulgaire terroriste… quelle étrange sensation… Au sol, je jette un regard désespéré à mon tendre époux… Antoine semble confiant, il me dit avoir vu deux gars en tenues de police avec casques et gilets par balle… ça ressemble donc à un contrôle de police ultra musclé. On arrive à leur dire qu’on est une famille de français, avec des jeunes enfants, qu’on a pas d’armes et qu’il faut discuter… Un des hommes reçoit l’ordre d’aller voir dans la tente… nous voyons donc un homme armé d’une kalach entrer dans la tente où se tiennent bien tranquille pour le moment nos 3 chouchous. J’ai le temps de prévenir à haute voix les enfants qu’un homme va venir voir qui ils sont, que nous sommes dehors et qu’il faut qu’ils restent bien tranquille, que nous allons revenir… L’homme rentre avec une lampe de poche et son arme puis nous entendons 3 petites voix toutes douces dire « Bonjour Monsieur » … l’homme ressort, son arme est baissée. Quelques minutes après Inès se met à pleurer et j’obtiens l’autorisation de me lever et de rejoindre les enfants dans la tente.

Pendant ce temps, Antoine est fouillé par l’un des policiers en civil, à genoux main sur la tête, avec les 10 autres qui pointent leurs armes sur lui… je ne le quitte pas des yeux depuis la tente que j’ai laissé entrouverte. J’ai récupéré notre téléphone satellitaire et attends de voir la suite tout en rassurant les enfants.

Ils finissent par dire qu’ils sont bien de la police et qu’ils ne nous veulent pas de mal…. j’éteins notre balise de détresse… »

Les policiers nous expliquent qu’ils pensaient être tombés sur des terroristes. A 21h30, il ont reçu une information d’un villageois disant qu’il se passait quelque chose de bizarre près du village. En 5h de temps, les policiers ont monté une opération pour nous « liquider »  dixit le chef de la police… Sans arrière pensée, ni aucune prise de renseignements supplémentaires, ils ont progressé dans cette nuit de pleine lune jusqu’à notre campement et pensaient réellement que nous étions un bastion de terroristes. Détails incompréhensibles pour nous français, ils savaient que nous avions une cuisine dans la remorque, ils auraient pu voir les chaussures des enfants aux pieds de la tente pour les rassurer sur les occupants de la tente, s’ils avaient inspecté la voiture d’un peu plus prés… ils auraient pu voir les stickers colorés du logo ou de la carte du monde, le drapeau du Burkina Faso et des autres pays traversés, les sièges autos des enfants… autant de détails « certes » mais qui ne vont pas avec le statut de terroristes. Mais non, ils ont agis sans même savoir sur quoi ils allaient tomber… Ils étaient encore plus tendus et stressés que nous au final. Cette tension bien palpable qui a fait tirer ce policier en l’air.

Au bout de deux heures de discussion avec eux, nous comprenons que la situation au Burkina est bien plus tendue que nous le pensions. Tout le pays est en alerte. Les policiers subissent presque toutes les semaines des attaques de terroristes venant du Mali et du Niger. Ils perdent des hommes quotidiennement. La population aussi vit pour la première fois de son existence des conflits inter-éthniques qui mettent la vie des policiers à rude épreuve. Il y a des couvres feux qui sont instaurés dans certaines régions, les locaux sont obligés de présenter leurs papiers d’identité lors des contrôles de polices sous peine de se voir abattus directement pour suspicion de terrorisme. C’est ainsi que nous apprenons qu’une vieille femme sort vers 21h de chez elle pour partir à la recherche de sa chèvre qui a disparu, elle tombe sur un barrage de policier, a t’elle eu peur, n’avait elle pas ses papiers? toujours est-il qu’elle a été abattue. Ce prêtre aussi, qui passe en voiture et ne se rend pas compte qu’il traverse un barrage de police… (parfois franchement les barrages sont vraiment à l’appréciation de chacun…). Il continue sa route et les policiers tirent dans les pneus de sa voiture, il est a l’hôpital…  Nous découvrons au fil des discussions et des jours, des dizaines et des dizaines d’histoires glauques qui se passent actuellement dans tout le Burkina et pas seulement dans les zones rouges, sans qu’aucunes ne soient médiatisées.

Ils finissent par tous repartir… en nous laissant là tout seul au milieu de la brousse. C’est grotesque, si vraiment la zone est dangereuse, nous sommes prêts à replier le bivouac et à nous mettre en sécurité avec eux où ils voudront… ou alors nous acceptons une escorte jusqu’au petit matin… mais non tout d’un coup la zone n’est pas plus dangereuse que cela…. c’est à ni rien comprendre. Nous ne fermons plus l’oeil de la nuit, les enfants eux se rendormiront aussi paisiblement que possible. Nous passons notre fin de nuit à parler de cet événement qui vient de nous (re)lier à jamais avec Antoine.

Nous nous sentons incroyablement épuisés et abattus, encore terrorisés, mais au fond de nous nous nous sentons trahis par ceux qui devraient protéger la population et les voyageurs. Ce que nous venons de vivre, était d’une intensité incroyable. La peur de notre vie… la peur de se faire enlever, la peur de mourrir… au final c’est un contrôle de police qui a failli mal tourner.

Au petit matin, le chef de la police est venu voir comment nous allions, il nous dit avoir prévenu l’ambassadeur de France et le chargé de la sécurité de l’événement dans la nuit. Dans les heures et jours qui suivent, nous aurons l’occasion d’échanger à plusieurs reprises avec les équipes de l’ambassade pour comprendre ce qu’il s’est passé, et pour préparer notre sortie du Burkina.

Notre ami de la veille, Jean- Didier, est arrivé comme une fleur au petit matin pour le café… Nous lui avons raconté notre aventure et sa compassion nous a fait du bien… il nous a expliqué la situation de la région en nous racontant notamment les attaques que subissent les policiers. Il était vraiment désolé pour nous et était ennuyé de voir à quel point la police locale n’est pas prête à gérer le terrorisme. Après avoir échangé les numéros et pris quelques photos, il nous a apporté une quinzaine de salades verte de son potager… tellement sympa!

IMG_8861
IMG_8863